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l'imaginaire

Ces enfants perturbés qui déstabilisent l'école primaire

Cécilia Gabizon Le Figaro

08/04/2008

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Le rectorat de Paris a mis en place une cellule spéciale pour aider les instituteurs au bord de la crise de nerfs.
Il suffit parfois d'un seul élève pour troubler une classe. Celui-là tape toute la journée sur sa table avec une règle. La maîtresse le reprend mais il continue, en la fixant dans les yeux. Les heures passent, le bruit mine la concentration des autres élèves, accapare bientôt l'attention de l'enseignante. Quand le perturbateur se montre de surcroît violent coups de pied, coups de compas dans le dos du voisin, morsures , l'équilibre précaire de l'école peut céder.
Or, depuis 2005, le nombre d'enfants perturbateurs a augmenté. Une conséquence indirecte de la loi sur le handicap qui oblige l'Éducation nationale à accueillir tous les petits. Même ceux qui manifestent des troubles du comportement, comme Clément, en petite section de maternelle dans le XIIIe arrondissement de Paris. À 3 ans, il fait déjà l'objet d'une mesure d'éducation surveillée et maintenant d'un signalement de la directrice de sa maternelle. Lors des crises, il mord, tape, arrache tout et l'institutrice n'en peut plus. Sa mère assure qu'«à la maison, tout va bien» et renvoie la responsabilité à l'école, en refusant que son fils soit suivi dans une structure spéciale. La semaine dernière, la maternelle a contacté la cellule d'urgence mise en place depuis deux ans par le rectorat de Paris. Elle intervient en dernier lieu, lorsque l'équipe éducative, épuisée, ne rêve plus que d'exclure le fauteur de troubles. Avec ses quatre permanents, enseignants spécialisés et psychologues, «L'école» traite de plus en plus de demandes.
«Nous avons déjà 80 cas depuis le début de cette année», explique son responsable, l'inspecteur Jean-Pierre Baratault. Les perturbateurs repérés viennent en majorité de familles précaires, africaines. Mais pas seulement. Les cas surgissent dans tous les arrondissements. «Il faut d'abord faire comprendre aux enseignants que l'enfant va rester, qu'il faut adapter les méthodes d'apprentissage», pose Tiphaine Lenfant, enseignante spécialisée de R'école. Cette demande de souplesse est parfois mal reçue, car l'école française reste rigide. Tandis que les autres parents s'inquiètent de voir leurs enfants pénalisés ou mis en danger. «Mais on ne peut pas sortir de force les perturbateurs de l'école», souligne Ottilie Freymond qui coordonne le dispositif.

Pacifier le climat

Si les parents refusent les soins, l'inspecteur peut, au bout de trois mois, solliciter la Maison du handicap qui dépêche à son tour un médecin. Si le trouble est établi, l'école pourra orienter l'enfant vers une structure spécialisée ou un programme plus adapté. «Cependant, si les parents ne coopèrent pas, cela peut prendre un an», résume Catherine Viard, psychologue, auprès du rectorat. Or beaucoup de parents refusent de voir le trouble de leur enfant : «C'est une trop grande blessure. Pour certains, c'est une question d'image», ajoute la psychologue. En attendant, l'enfant n'apprend pas. Et sème le trouble. Pour pacifier le climat, R'école fournit un médiateur durant six semaines. Il personnalise la journée du petit et le maîtrise en cas de crise. «Car on ne peut rien faire avec un enfant à ce moment-là, il faut l'isoler et le contenir», raconte Marie-Christine dos Reis, enseignante spécialisée de R'école. Or les professeurs redoutent ce contact physique. «Il n'y a pas forcément plus d'enfants insupportables qu'avant. Mais la contention a reculé. Avant tous les adultes répétaient le même message», analyse la psychologue.
Certains parents affichent une véritable défiance envers l'école. Parmi les quelques chiffres épars sur la violence scolaire dans le primaire, la direction académique des Bouches-du-Rhône a révélé ce que les autres murmurent : la montée en puissance des agressions conduites par les parents. Beaucoup renvoient l'échec de leur enfant à l'institution. Car c'est bien souvent l'entrée à l'école qui révèle la crise. Habitués au zapping, à un univers de choix, les petits découvrent les règles collectives en classe. Parfois avec fracas.

Mercredi 9 avril 2008
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