La maternelle n'échappe pas à la grande remise en question de l'école. Dans un livre provocateur publié demain, un inspecteur de l'Education nationale suggère même sa suppression si elle ne
devient qu'une simple garderie.
DEPUIS DIX ANS, il inspecte chaque jour des écoles, en province. Avant, il était lui-même instituteur en maternelle. « J'ai commencé par le bas », sourit l'homme qui avoue une petite cinquantaine
d'années, mais pas son identité.
Sous le pseudonyme de Julien Dazay, il publie demain un petit livre au titre choc : « Il faut fermer les écoles maternelles ». Un titre provocateur, à dessein. L'inspecteur « Dazay » s'avoue en
fait un ardent défenseur de cette petite école à la française qui selon lui « dérive lentement, mais sûrement, vers un système de garderie », faute de réforme.
Vous jetez un pavé dans la mare, avec ce titre choc !
Julien Dazay. Ce livre mûrit depuis de longues années... Je ne l'ai pas écrit pour détruire, mais pour provoquer le débat. Le titre que je m'étais fixé au départ était
d'ailleurs interrogatif : « Faut-il fermer les écoles maternelles ? » Mon but est avant tout d'attirer l'attention : on ne s'est pas penché sur la maternelle depuis longtemps. Le maximum de
changements annoncés pour la rentrée prochaine portent sur l'école élémentaire. Or, si on ne fait rien pour les plus petites classes, on court à la mort de la maternelle en tant qu'école.
« Les enseignants eux-mêmes sont perdus »
Pourquoi ?
Depuis la loi d'orientation de 1989, qui organise le primaire (maternelle et élémentaire) en trois cycles, la maternelle vit dans l'ambiguïté. La grande section, selon les enseignants, le
projet d'école, l'inspecteur et l'académie, se trouve en fait rattachée soit au cycle I (avec la petite et la moyenne section) soit au cycle 2 (CP et CE 1) et fonctionne alors comme une prépa au
CP, avec préapprentissage de la lecture. C'est ambigu, car, selon le cas, les objectifs ne sont pas les mêmes. Les enseignants eux-mêmes sont perdus. Je le vois. Et je constate le résultat en CP.
Tous les enfants n'y arrivent pas à armes égales, avec les mêmes acquis. Cela veut dire que la maternelle ne remplit pas sa mission : amener tous les enfants aux mêmes chances de réussite.
D'autant moins s'ils n'ont pas accès à la culture, et qu'on ne leur lit pas d'histoires dans leur milieu familial.
De quoi souffre la maternelle ?
Elle manque de programmes cadrés. Ceux qu'effleure le nouveau projet du ministre - qui va dans le bon sens en rétablissant pour l'élémentaire un apprentissage avec disciplines et horaires
définis - listent simplement six « domaines » : « vivre ensemble », « découvrir le monde », « savoir s'exprimer avec son corps », etc. Dans « découverte du monde », on est censé aborder des
notions de calcul, de repérage dans l'espace et le temps. On y met donc tout un tas de disciplines sans en dire le nom, en laissant une immense liberté aux enseignants. Mon souhait serait qu'on
revienne à des acquis disciplinaires très clairs pour tout le monde.
Votre détail d'une journée est redoutable, avec pauses pipi à répétition, déshabillages, sieste et récré. Et au final trente-cinq minutes d'enseignement sur trois heures de classe
!
Toutes les classes ne fonctionnent pas comme ça. Mais je caricature à peine : ce type de journée, je l'ai vécu. La question, derrière, c'est quel doit être le rôle de l'enseignant en
maternelle. Apprendre aux enfants à vivre ensemble ? S'il ne s'agit que de cela, autant supprimer les petites sections et imaginer des garderies !
« Mon souhait serait qu'on revienne à des acquis disciplinaires très clairs pour tout le monde », explique l'inspecteur de l'Education nationale, auteur du livre qui sort demain.
(LP/AURELIE AUDUREAU.)
Propos recueillis par Claudine Proust
mercredi 05 mars 2008 | Le
Parisien
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