Les cyberbases, les visioconférences, les tableaux interactifs font petit à petit leur entrée dans les écoles. Longtemps sous-équipée, la France rattrape son retard. A Goussainville
(Val-d’Oise), le premier collège 100 % numérique séduit élèves et enseignants.
Claudine Proust | 15.11.2008 /Le Parisien
C’EST UN COLLEGE où l’on va presque les mains dans les poches. A faire rêver tous les parents d’élèves militant pour l’allégement des 11 kg de cartable qui déforment le dos des collégiens. Ici, les
livres restent à la maison. Le savoir se transmet par la voix du prof et la voie numérique, en maths comme en musique, en histoire ou en français. Seul l’enseignant se déplace avec une lourde
sacoche informatique en bandoulière !
Ordinateurs portables, bornes wi-fi et réseau filaire haut débit, salle multimédia : le collège n o 4 de Goussainville, premier établissement entièrement numérique de France ouvert en septembre, si
neuf qu’il n’en a pas encore de nom, sent encore un peu la peinture, mais surtout le high-tech. Salle 207, la 5e 1 se bouscule pour entrer en cours de géo. Pour Charlotte Noury, la prof, la séance
a commencé par des branchements, entre le portable sur son bureau et le tableau blanc interactif. Ça change quoi ? Tout. Pas seulement parce que l’appel se fait d’un clic de souris, qu’élèves,
parents et profs peuvent suivre en direct et en permanence la progression de leurs notes, ou que Charlotte peut adresser aux absents qui le lui demandent son cours par mail. Le cours lui-même n’a
plus rien à voir avec ce que les camarades des 375 élèves de ce collège connaissent ailleurs. « On suit mieux », chuchote Aysun, petite brune qui peine à détourner son attention du maxi écran
lumineux. Inhabituel : la carte géographique d’Afrique du Nord programme du moment qui s’affiche en grand a plus de pouvoir que la diversion de quelques visiteurs !
Les élèves se précipitent au tableau interactif
« Qui vient au tableau ? » C’est à qui se précipite pour lever le doigt. Ils en bouderaient presque de ne pas être Mylène, choisie pour venir entourer d’un coup de stylet les puits de pétrole
algériens. « Ils n’ont plus peur de se tromper, sourit l’enseignante. On peut effacer l’erreur d’un clic. Ce n’est plus le tableau noir du prof, la carte murale papier qu’on a à peine le droit
d’effleurer. Ils se sont approprié l’outil. Moi je peux aussi télécharger des films. Le Sahara par exemple, ils le voient et le comprennent mieux. A tout moment, je peux arrêter l’image, leur
demander une description. »
Le rapport aux cours a changé.
Celui au prof aussi. Le soir, il n’est pas rare que Charlotte reçoive des mails d’élèves, « quand ils ont une question sur un devoir. J’ai juste dû leur expliquer qu’ils devaient éviter le langage
texto copains ». Quid de ceux qui n’ont pas Internet à la maison ? « Un ou deux par classe. Quand je me sers d’un document qui n’est pas dans le livre, je leur fais une photocopie. »
Comme ses 25 collègues, Charlotte n’échangerait sa place pour rien au monde. « Je ne veux plus jamais enseigner ailleurs ! » Les élèves, eux, se montrent visiblement fiers de leur chance. « On
m’avait dit tu vas voir, l’attrait de la nouveauté, ça ne tiendra pas plus d’un mois. J’avais bien un peu peur que les stylets pour écrire au tableau disparaissent… On est mi-novembre. L’engouement
n’est pas passé. » Les stylets sont toujours là, rangés. Et pas un seul des bureaux n’arbore le moindre graffiti…