Association de Parents d'élèves de Puteaux (PEEP de Puteaux 92800).
LEVER LE DOIGT en classe ? Quelle horreur… Pour contrer cette
indécrottable tendance des élèves français, qui préfèrent rentrer la tête
dans les épaules que de se risquer à répondre au prof ou l’interroger
quand ils ne comprennent pas, Vincent Faillet, professeur de sciences dans
un lycée parisien, a changé de méthode.
Après l’avoir testé deux ans, il a définitivement adopté un petit boîtier
électronique vert fluo, déjà utilisé dans 250 000 écoles américaines et
expérimenté dans 200 classes de France, pour évaluer connaissances et
lacunes de ses lycéens.
Dans sa classe du lycée Dorian (XI e ), pour ces douze élèves de terminale
S qui passeront le bac en juin, c’est devenu un rituel. Quand ils entrent
dans la salle 202, équipée d’un simple grand écran à rétroprojection,
chacun attrape d’abord son boîtier sur le bureau de l’enseignant. L’objet
ressemble à une télécommande à six gros boutons, et contient une clef USB,
reliée par émetteur à l’ordinateur du prof.
«Ça nous motive plus pour écouter en cours et je sais précisément ce que
je dois revoir »
Puis, à chaque cours, c’est le même scénario. Dix minutes avant la
sonnerie, la leçon du jour terminée, on se « repenche » dessus, cahier
fermé, boîtier en main. Une dizaine de questions à choix multiples (QCM)
défilent sur l’écran. Top chrono, une minute pour répondre d’un clic du
pouce. Résultats immédiats en fin de séance : pourcentage de bonnes
réponses, éventuellement nom de ceux qui se trompent, rapidité, historique
du classement depuis le début de l’année… et joyeux charivari. Les élèves
adorent !
La preuve ce matin de novembre, consacré à une version plus longue de QCM,
avant contrôle de la semaine suivante. Une demi-heure et quatorze
questions sur l’ensemble du cours sur le sida. « M’sieur, on peut revoir
le classement d’abord ? » Puis, c’est le test lui-même. Ambiance bon
enfant mais concentrée durant trente minutes, et voilà le diagnostic,
affiché en grand en fin de questionnaire. « 46 % de bonnes réponses ?
Dites-moi, c’est inquiétant », juge le prof avant correction. « La
question 4 vous a posé problème : il fallait connaître le schéma, je vous
avais prévenus. La 5, attention, vous lisez parfois mal les énoncés.
Celle-là, on l’avait vue en TP : quand on vous pose le problème sous forme
de question, vous ne savez plus ? Attention, le jour du bac ce sera
pareil. »
Bons scores ou pas, des deux côtés de la salle, on plébiscite. « On voit
tout de suite qu’on croyait avoir compris, mais en fait non », confie
Carl. « Ça nous motive plus pour écouter en cours, et là, je sais
précisément ce que je dois revoir », s’enthousiasme Sabrina. Trop tôt «
pour dire si les notes s’en ressentiront », admet Vincent Faillet.
Mais si « mon travail de préparation est un peu plus important, pour faire
les QCM, je ressens une attention accrue des élèves. Je peux mieux les
suivre, montrer les faiblesses à travailler à chacun. Et me remettre
parfois en question : si en fin de cours, j’ai 80 % de mauvaises réponses,
c’est sans doute que j’ai mal fait mon travail. »
Claudine Proust | 22.11.2008 Le Parisien